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  Christian Jegourel

 

    



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Mercredi 27 septembre 2006

Le problème de compatibilité entre nos différents terminaux électroniques commence à devenir préoccupant et une demande a été émise à lors d’une conférence internationale cette semaine pour une convergence fluide.  
La demande émane de scientifiques qui prédisent l’accroissement de l’usage de terminaux mobiles connectés via des signaux radios. Mais au-delà de ce vœu pieu qui permettrait aux utilisateurs d’interconnecter tous leurs appareils sans se préoccuper de leur localisation, il existe de vraies guerres industrielles et commerciales.

Rien qu’entre la 3G et le Wimax, les enjeux entre constructeurs et opérateurs rendent difficiles une convergence rapide.

D’un coté le monde de télécommunication représenté par les opérateurs (SFR, Orange et Bouygues en France) et les équipementiers (Alcatel, Nortel, Ericsson…). Ces acteurs qui disposent d’infrastructures et d’équipements existants poussent à l’évolution en douceur du GSM actuel vers le HSDPA et une convergence lointaine vers le tout IP. Ceci afin de garder la maîtrise de leur clientèle et éviter le gratuit avec la voix sur IP.

De l’autre les constructeurs de composants informatiques et les nouveaux entrants qui possèdent des licences Wimax. Ce dernier groupe milite pour le déploiement d’infrastructure Wimax, avec Handover, qui pourrait purement et simplement remplacer les réseaux GSM existants et servir à la fois pour le transport de la voix sur IP et l’accès à Internent.

Le groupe précédent voie cela d’un mauvais œil car cela signifierait que les investissements actuels dans les infrastructures ne leur serviraient plus comme barrière d’entrée pour de nouveaux concurrents. Sans parler des états européens qui ont vendu des licences UMTS pour plus de 100 milliards d’euros en Europe. Que faire dans ce cas ? Rembourser les opérateurs ou les laisser en concurrence contre de nouveaux entrant qui ont payé leurs licences quelques dizaines de millions ? Pas simple à trancher. Comme on le voit, le problème n’est pas seulement technique, il est également politique.

Tant que les opérateurs actuels pourront bloquer le marché, il n’y aura pas d’évolution. Le salut pourra venir de plusieurs facteurs concomitants : le déploiement d’infrastructures Wimax par des opérateurs nouveaux, comme Free en France, qui ont une licence nationale ; la baisse rapide des composante Wimax rendue possible par une large adoption du monde informatique et enfin par des initiatives comme celle de Jajah qui permettent aux utilisateurs de GSM de téléphoner à l’étranger via un numéro local rerouté en mode IP (voir article sur Techcrunch ici).

Pour ma part, je pense que le monde de l’informatique va l’emporter et il semble que ce soit également l’idée de Free lorsque le groupe à racheté Altitude Telecom.

Si d’autres initiatives comme Jajah se développent, les opérateurs actuels n’auront plus le choix et devront rapidement migrer leurs réseaux car leur modèle économique est bien adapté au paiement à l’acte (à la minute) mais peu au forfait pour une consommation illimitée.

Christian Jegourel

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Jeudi 21 septembre 2006

Msn_video_gratuite

Vous l’aurez remarqué, cette rentrée du web 2.0 est résolument tournée vers les applications vidéo. On peut même dire que l’on assiste à la première rentrée de la TV 2.0 ; avec, comme lors de toute rentrée, des parents anxieux, impatients de la réussite de leurs chérubins, et des enfants qui eux ne pensent pas encore à l’argent, mais juste à afficher fièrement leurs marques branchées dans la cour d’école et à copier le voisin.

Dans les familles les plus anciennes et les plus fortunées, on trouve Microsoft, News Corp et Google. Leurs rejetons se prénomment respectivement MSN Vidéo, MySpace Vidéo et Google Vidéo Store. Mais on notera l’arrivée dans la cour des grands, en cette rentrée 2006, de nouveaux joueurs, des « pure players » du web 2.0, dont les trois caractéristiques principales sont une capacité à cristalliser autour d’eux des communautés, une forte augmentation des usages, enfin des ressources financières beaucoup plus limitées. Ces petits nouveaux, en pleine croissance, s’appellent YouTube et DailyMotion. Et leurs petits cousins WAT.tv, Kewego, Vpod.tv ou ScrOOn (que j'ai vu tourner - très impressionnant - mais sur lequel je suis tenu au secret jusqu'au lancement), chacun sur un positionnement spécifique, marchent dans leurs pas. Pour suivre leurs progrès et leurs apparitions médiatiques, rendez-vous chez le surveillant général, Jérôme, qui publie chaque semaine sur son blog les carnets de notes de la TV 2.0.

La question à présent est de savoir qui sortira major de promo dans la section vidéo ? Avec pour récompense l’accession à la nouvelle catégorie des grands médias numériques, individualisés et délinéarisés, en passe de rivaliser avec les médias traditionnels, de masse et à consommation simultanée, comme la télévision.

Quels seront les critères d’évaluations des candidats ? A mon avis, les deux critères objectivables et relativement communs dans l’univers des médias sont d’abord l’audience – autrement dit la capacité d’un service à générer un trafic, à fidéliser un public et à accroître les usages – et ensuite la monétisation –  c'est-à-dire sa capacité à générer des revenus suffisants pour assurer son développement, sa pérennité et la satisfaction de ses actionnaires. La notoriété de la marque, la qualité voire l’exclusivité des contenus, l’ergonomie du site, le caractère non intrusif de la publicité, la qualité de service, la capacité à écouter les besoins des utilisateurs seront d’autres critères déterminants, mais pas suffisants. Dans un contexte de forte compétition entre services vidéo gratuits, les internautes 2.0 seront volatiles, exigeants et volontiers critiques.

Deux approches semblent aujourd’hui à l’œuvre côté produit, mais il est probable qu’elles finiront par converger rapidement. D’un côté, la diffusion de contenu vidéo professionnel ; de l’autre, le partage communautaire de vidéos personnelles (mais parfois professionnelles, néanmoins, pour les publicités humoristiques et autres détournement / piratage / remontage d’émissions TV, de clips musicaux et de bandes-annonces ciné).

Diffuser du contenu pro, c’est le parti pris de MSN Vidéo qui vient de se lancer en France avec un positionnement fort sur le divertissement et la cible des jeunes internautes, comme l’explique l’article de Pascal Galinier et Olivier Zilbertin dans Le Monde.

« Le tout est extrait du catalogue des différents partenaires de MSN Vidéo : i-Télé (groupe Canal+), qui diffuse sur MSN deux journaux par jour, CanalJ et Filles TV (groupe Lagardère), Musicbrigade (le site de vidéos musicales de Sony et EMI), et surtout Endemol. Le roi de la télé-réalité ("Star Académie"...) a ouvert cinq années d'archives à MSN, soit plus de 2 300 films. MSN, qui a aussi reconduit ses accords passés avec Eurosport et Allociné. Olivier Marcheteau, le directeur général de MSN et Windows Live France, promet "une vingtaine de nouveaux services dans les six mois".

Les programmes sont donc gratuits pour le consommateur, le service étant financé par la publicité : le "web-spectateur" doit accepter une coupure incontournable tous les deux films. Apparemment, cela ne lui pose pas de problème : après quinze jours, MSN annonce 6 millions de films vus par 1 million de visiteurs. Un modèle économique inédit chez Microsoft, qui traduit un véritable choix stratégique. »

Avantage du contenu pro :  il rassure les annonceurs qui souhaitent associer leur marque / leurs produits à des vidéos de qualité et à un environnement éditorial maîtrisé. Le potentiel de monétisation publicitaire est supérieur à celui du contenu généré par les utilisateurs (UGC, User-Generated Content). Inconvénient : il faut investir dans la production ou l’achat de droits audiovisuels.

Diffuser du UGC, c’est à l’ inverse le choix de WAT.tv (qui ne m'a pas convaincu techniquement pour n'être pas parvenu à uploader une vidéo de 90 Mo), lancé cet été par le groupe TF1. Dans ce modèle, les coûts de production vidéo sont nuls car supportés par l’utilisateur qui tourne et monte lui-même ses vidéos. La plateforme doit en revanche assumer les coûts d’hébergement et de distribution (qui se comptent en millions de dollars chaque jour pour YouTube compte tenu de son succès phénoménal) et tenter de monétiser un contenu non maîtrisable. Pas évident d’atteindre la rentabilité à court terme.

Je pense que l’avenir de la vidéo sur le web – et par extension l’avenir de la TV 2.0, individualisée et délinéarisée – appartiendra aux sites capables de mélanger intelligemment les contenus vidéo pro et perso. La clé du succès repose sur un équilibre entre communautés, perméabilité et éditorialisation des contenus ; un équilibre à même d’accroître les usages et par conséquent la monétisation publicitaire (je mets volontairement de côté les revenus de la VOD sur les contenus vidéo premium loués /achetés par les utilisateurs).

C’est ce modèle convergent qui commence à apparaître sur toutes les plateformes UGC : YouTube vient de signer des accords avec Warner et le groupe Disney, tandis que MySpace – qui débarque en France – s’apprête à diffuser les séries TV phares de la Fox comme « 24 heures ».  Rupert Murdoch, patron de News Corp, annonce d’ailleurs clairement ses ambitions et ne fait pas dans la demi-mesure : d’ici la fin de l’année, MySpace Vidéo devrait dépasser YouTube et ses 100 millions de vidéos regardées par jour. Etant donnée la faiblesse du produit MySpace Vidéo, que j’ai testé récemment, c’est un beau challenge…

Microsoft avance à grands pas également vers l’agrégation des contenus vidéo professionnels et personnels.  Le service MSN Soapbox qui démarre aux Etats-Unis est un clône de YouTube. Cette plateforme devrait à terme s’interfacer avec MSN Vidéo mais aussi les blogs Windows Live Space et la messagerie instantanée Windows Live Messenger. J’imagine aussi que les requêtes vidéo dans le moteur Live Search constitueront de puissants affluents des services vidéo de Microsoft. Une belle illustration de ce que j’appelle l’équilibre entre communautés, perméabilité et éditorialisation des contenus.

Cette nouvelle génération de médias numériques, les « Social Media Networks », est très prometteuse. A tel point qu’elle renvoie à leurs chères études les médias traditionnels. L’arrivée de Didier Quillot, en provenance d’Orange, à la tête de Lagardère Média ainsi que la réorganisation du groupe TF1 autour de 6 pôles de contenu sont une amorce de réaction, à défaut de proactivité ou de véritable plan stratégique industriel. La bagarre s’annonce serrée dans la cour de récrée entre les cadors de la TV et les petits nouveaux du web. Elle se jouera certainement à coup d’acquisitions et d’alliances spectaculaires dans les prochains mois. So, stay tuned !

Et vous, quels sont vos pronostics ? Qui va l’emporter ? Pourquoi ?

Laurent Esposito

Site web : Télévision et vidéo numérique

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Mardi 19 septembre 2006

Après Lagardère qui a annoncé la nomination de Didier Quillot pour piloter un pôle regroupant les magazines et la radio/TV/Internet, c’est au tour de TF1 d’annoncer une nouvelle structure en six pôles.

C’est la traduction dans les fais d’une prise de conscience progressive de la redistribution des cartes pour les médias traditionnels. La poussée des initiatives Internet et surtout les investissements considérables de groupes américains comme News Corp crédibilisent, aux yeux des décideurs français, la réorientation des consommateurs vers de nouveaux vecteurs de diffusion.

Comme certains doivent regretter l’époque bénie où les médias étaient clairement séparés, où le nombre de fréquences TV limitait, de fait, le nombre de concurrents, où la force d’un groupe de presse lui permettait de « contrôler » la distribution …

Cette époque est clairement révolue et même si, en France, le changement ne se fait pas encore trop sentir dans le chiffre d’affaires, la part de marché d’Internet dans l’univers de l’Entertainment va considérablement grossir au détriment des acteurs existants.

Il était surprenant de ne pas voir nos groupes français réagir à cette évolution et les analystes financiers commençaient à ne plus être tendres avec Lagardère, Bouygues ou Vivendi. J’ai déjà détaillé ces interrogations dans trois analyses : Free et Bouygues Telecom quelles perspectives dans l’évolution de la chaîne de valeur Internet, Faut-il démanteler Vivendi et Bouygues ?, Lagardère et Bouygues savent-ils où ils vont ?

Les annonces récentes vont-elle dans le bon sens ?

Il est un peu tôt pour répondre à cette question et il faudra suivre attentivement ce que donnent ces réorganisations, en espérant que les stratégies évoluent rapidement.

Quoiqu’il en soit nous pouvons déjà analyser quelques signes.

Pour Lagardère

Il devenait évident qu’avec Internet qui marie texte image son et vidéo, la séparation de la division magazine des activités « actives » semblait dépassée. La réunion de ces deux pôles sous un même patron va donc dans le bon sens. Il conviendra donc de voir quelle va être la stratégie de Didier Quillot. Cette nomination n’est pas neutre car l’homme vient du secteur industriel des télécom et même si il a su amorcer une convergence du contenu et du contenant, il vient d’un secteur où la compétition se fait sur une infrastructure lourde.

Saura-t-il transformer ses acquis pour définir une vision multipolaires pour reprendre un terme à la mode où les clés du succès ne seront plus dans la maîtrise combinée du contenu et du contenant mais dans la captation de l’abonné d’usage à travers des sites de services et de contenus collaboratifs ? Rien n’est moins sûr car les acquis culturels sont toujours très forts, on l‘a vu chez Microsoft qui a vraiment eu du mal à intégrer Internet et pour un acteur média, la rapidité de déclinaison de services sera plus importante que le « verrouillage » des contenus à travers des marques fortes. D’autant que la culture maison ne favorisera pas cette mutation.

Il va falloir faire un mixte entre des sites de contenus purs comme Elle (en améliorant le service quand même) pour concurrencer AuFeminin et des sites de services comme MySpace ou YouTube pour les plus connus, qui capteront ce que j’appelle des abonnés d’usages servant de relais aux contenus « payants ».

Ensuite un élément marquant sera la réorganisation de l’équipe dirigeante car ce groupe est bien connu pour ses baronnies et changer de pilote ne suffit pas à faire une voiture de course performante si le reste ne suit pas. De nouvelles nominations et un management relooké sera donc nécessaire pour faire les réformes nécessaires à l’adaptation de Lagardère aux défis de l’Internet. Dans le cas contraire marier les contenus magazines et audiovisuels avec une stratégie multi supports butera sur l’organisation.

Il semble que le cours de bourse ne profite d’ailleurs pas de cette annonce, ce qui tend à prouver que les analystes restent encore sceptiques. Si le jour de l’annonce le cours avait atteint les 57€ il est depuis retombé en dessous de 55.

Monsieur Quillot il va falloir afficher une stratégie claire. Le groupe possède néanmoins beaucoup d’atouts et avec une stratégie efficace et des équipes en ligne, cet acteur média international devrait revenir au premier plan qu’il n’aurait jamais du perdre.

Pour TF1

La question est différente puisqu’ici on prend les mêmes et on recommence. Pas donc de nouvelle nomination mais une organisation par branche pour le leader français de la télévision gratuite. Enfin réorganisation limitée car il n’y a pas de restructuration annoncée uniquement la création de six pôles qui seront charger de piloter le groupe.

Je suis très sceptique vis-à-vis de cette annonce en demi-teinte.

En effet la séparation de du cinéma, de la jeunesse, de l'information, du sport, de la fiction, et d'un ensemble musique, variétés et divertissements est le reflet d’une vision de diffuseur et non pas d’une préoccupation client ou consommateur. On peut être jeune et intéressé par le divertissement et le cinéma…

Comment faire ? Cette annonce me semble donc purement médiatique et ménage largement les baronnies du groupe et ne changera probablement rien à la situation de TF1 face aux nouveaux modes de consommation des programmes audiovisuels.

L’autre alternative est que ce soit une annonce en trompe œil pour abuser ses concurrents. Mais j’y crois peu.

C’est d’autant plus dommage que si Lagardère est titillé par Internet, la répartition de ses actifs lui permet de se maintenir. Pour TF1 le danger est beaucoup plus grand car il est un intermédiaire dans la chaîne de valeur entre les producteurs de contenus et les consommateurs. Le raccourcissement de cette chaîne de valeur où les consommateurs peuvent accéder à des programmes audiovisuels sur Internet menace le cœur du modèle économique de la chaîne. Le groupe doit donc effectuer un changement en profondeur s’il ne veut pas décliner. Le phénomène est d’autant plus pernicieux que le déclin va se produire rapidement. S’il est prévisible, les signaux économiques sont encore faibles et il faut donc avoir une vision des initiatives Internet des grands médias américains pour percevoir le cataclysme qui pourrait s’abattre sur les chaînes de télévision.

Les différentes annonces de News Corp qui est, parait-il, le modèle de Patrick Le Lay devraient lui donner matière à réfléchir et particulièrement celle de son retrait du satellite pour réorienter ses investissements dans l’Internet. Quoique sur ce point, TF1 soit sorti de TPS. Réaffectera-t-il cette somme aux nouveaux médias ?

Pour le moment, dans l’Internet et les médias collaboratifs, le groupe à du retard et ce ne sont pas les initiatives comme WAT ou les quelques pourcents investis dans une plateforme de blogs qui suffiront pour bâtir une vrai stratégie multimédia.

Tant qu’il n’y aura pas une réorganisation autour de la notion de production de contenus et la diffusion multi supports, le groupe sera fragile. Il s’agit d’une réorganisation dans son fonctionnement et non d’une simple annonce de création de pôles. J’avais schématisé rapidement se que pourrait être cette structure dans cet article : Les entreprises de medias engagent la bataille sur Internet.

Gageons néanmoins qu’il y a dans ce groupe une vraie stratégie à déployer mais sauront-ils se réorganiser au risque de s’attaquer aux baronnies pour se mettre en phase avec le marché avant que celui-ci se modifie en profondeur ? Rien n’est moins sur tant que Patrick Le Lay restera aux commandes. Et si cette annonce était une forme d'au revoir afin de pourvoir dire je laisse le groupe en ordre de marche avant de passer la main. Le fait est que les rumeurs de remplacement vont bon train depuis le printemps et quelles se sont renforcées même si Martin Bouygues l'a nié.

Christian Jegourel

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Mardi 12 septembre 2006

L’accès Internet et la téléphonie mobile sont des marchés neufs, d’une dizaine d’années et font penser au marché de l’imprimerie il y a deux siècles. A ses origines, l’imprimeur fabriquait son papier, rédigeait ses articles, composait sa matrice d’impression, imprimait l’ensemble et diffusait son « journal » Depuis le marché s’est structuré.

Pour moi les marché de l’Internet et du mobile, c’est comme si une entreprise de transport possédait ses autoroutes, ses camions et achetait les marchandises qui transitent pour les revendre à l’arrivée.

Ces marchés de la communication devraient donc se structurer de la manière suivante : d’un coté les infrastructures et de l’autre les contenus et les services. Si ont veut faire un parallèle d’un coté des « TDF » et de l’autre des « TF1 ».

Quels impacts pour les organisations actuelles ?

Prenons l’exemple de Bouygues Telecom et Free car ils sont dans une logique semblable vis-à-vis de cette problématique.

Pour Bouygues Telecom cela signifie séparer la partie infrastructure du réseau mobile et sa partie services clients qui possède la base d’abonnés et développe une logique de contenus/services.

Cette séparation permettrait à chacune des entités de maximiser ses profits en se concentrant sur ce quelle sait faire. On peut imaginer que la partie infrastructure développe un réseau Wimax demain et que la partie service cherche à louer des capacités ADSL et, demain, fibres optiques pour fournir à ses clients des contenus et services multi supports sans rupture de charges. On peut même imaginer, puisqu’ils sont dans le même groupe, une fusion de cette partie services avec la division multi médias de TF1.

Cette séparation de la « couche » transport de la couche « contenus/ services » leurs permettrait de se concentrer sur la valeur ajoutée par client sans avoir en arrière pensé les « limitations » qu’impose le passage par le transport « maison ». Rien n’empêcherait en effet cette structure de services d’avoir un accord avec des concurrents de la « couche » transport…

C’est une révolution culturelle pas facile à faire mais le marché va l’imposer car les concurrents sont déjà aux portes. Nous y reviendront.

C’est la même logique pour Free

Jusqu’ici le FAI a fait tout lui même, avec une R&D limitée mais performante qui nous a régulièrement proposée des innovations avant tout le monde. Comme je l’ai déjà écrit, les récentes incursions d’Intel, Cisco et Microsoft dans la gestion d’infrastructures de services et autres set top box amènera inévitablement les FAI à standardiser leurs outils. Free pourrait donc se scinder en deux parties : une chargée de déployer et d’exploiter les réseaux ADSL, fibres optiques et Wimax, l’autre chargée de commercialiser les services et contenus multi supports. Cela faciliterait d’ailleurs la vente en gros de bande passante que Xavier Niel a annoncé pour rentabiliser l’investissement de 1 milliard d’euro dans la fibre.

Ces recomposition des activités auraient également l’intérêt de refaire monter les cours de bourses car les investisseurs aiment bien ce genre de montages qui augurent d’une bonne compréhension de l’évolution des marchés. Nous sommes dans une économie qui évolue tellement vite qu’il faut en permanence adapter les structures de fonctionnement sous peine de se voir dépasser.

Attention aux nouveaux entrants

Si ce scénario de la recomposition de la chaîne de valeur se vérifie, il va falloir sérieusement surveiller les GYM car leur stratégie est bien d’être au cœur du service/contenu. Avec leurs différents outils de messagerie instantanée, les moteur de recherche sur le net et mobile, la fourniture de contenus multi supports et leurs sites communautaires ils sont bien positionnés pour bénéficier de cette structuration. Ils vont disposer de réseaux fixes et mobiles qui leurs permettront d’atteindre leurs clients partout sans rupture de charges. C’est la raison pour laquelle j’avais écrit il y a quelque mois qu’un des facteurs clé de succès serait la maîtrise de la technologie. L’autre étant la maîtrise de la production de contenus.

Cette logique n’est pas seulement applicable aux FAI et opérateurs, toutes les industries qui sont impactées par la modification de leurs relations clients avec Internet sont concernées. Le secteur financier et la distribution devront également réfléchir à cette problématique mais cela fera l’objet d’un autre papier.

Christian Jegourel

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Lundi 11 septembre 2006

Avec l’annonce en demi-surprise de Free, après les indiscrétions de Jean Michel Billaut, du déploiement d’un réseau de fibres, les autres FAI vont se mettre en ordre de bataille.

Pour France Telecom, aucune surprise, l’opérateur historique avait annoncé cette stratégie il y a bien longtemps avec comme objectif la fibre jusqu’à l’abonné. Une offre de location de bande passante devait être proposée afin de rentabiliser les investissements et permettre aux autres FAI de proposer des services concurrents de ceux d’Orange. Pour les autres rien n’est encore annoncé mais il est prévisible que Neuf Cegetel s’engage dans le déploiement de sa propre infrastructure. Les coûts estimés du déploiement d’une offre fibre se chiffrent à plusieurs milliards d’euros soit largement plus que ce que propose d’investir Free. Il est donc peu probable que beaucoup de FAI se lancent dans le développement d’une infrastructure propre. C’est pourtant une des clés de la maîtrise de l’offre et ceux qui ne le feront pas risque de voir disparaitre leurs facteur différentiant.

C’est là que Noos pourrait redevenir intéressant.

Lorsqu’au printemps 2006 l’annonce du rachat et de la fusion des deux opérateurs français du câble est tombé, je me suis posé, comme beaucoup, la question de l’intérêt d’un investissement par des entreprises financières d’actifs peu rentables et surtout en difficulté face aux FAI classiques qui développent des offres TV, fixe et Internet plus attrayantes.

Tout pourrait se résumer à LA FIBRE.

En effet un réseau câblé c’est aussi un réseau en fibre optique et avec 4 millions de clients en télévision, 700 000 abonnés Internet et 300 000 en téléphonie fixe, Noos UPC représente une part de marché significative mais surtout dispose déjà d’un réseau en fibre optique. Il semble qu’environ 25 à 30 % de ce réseau doivent être mis à niveau pour être capable de transiter du 50 à 100 Mb pour un investissement de l’ordre de 300 millions d’euros. Ajouté au 1,25 milliards d’euros cela amène l’ensemble à plus d’un milliard et demi. Si on y regarde de prêt cela pourrait être une proie tentante pour Deutsche Telecom, Telefonica ou Telecom Italia ou même Cegetel. Début 2006 ce n’était pas très sexy avec des charges de personnels et d’exploitation trop lourdes mais après le ménage que s’apprête à faire le repreneur actuel (plus de 800 postes supprimés) le résultat redevient attractif.

De là à penser que cette manœuvre était prévu avec le fond d’investissement et un futur repreneur en 2007 ? Mais bon je suis peut être trop machiavélique.

Christian Jegourel

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