Suite à mon article sur Google et Microsoft où je vous indiquais le 10 janvier le risque de chute du titre Google, le très sérieux magazine Barron’s vient de dégrader la valeur. Jacqueline Doherty du Barron’s n’exclu pas un baisse de 50 % suite à une concurrence accrue de Microsoft et de Yahoo. C’est en tout les cas une analyse très controversée.
Le titre à déjà perdue 4,5% en pré-séance à Wall Street sur volume hors ouverture de plus d’un million de titres. Au fait 4,5% de Google cela fait quand même 5 milliard $.
Cela entraine une ouverture du Nasdaq en baisse de 0.48%.
Valeurs à suivre : cisco, 3com, CDC, sangamo bioscience, colt telecom et avanex corp.
J'ai reçu ce matin ce communiqué de presse de Bernard Carayon, Député du Tarn et grand rapporteur en 2003 d'une étude sur l'intelligence économique. Comme je partage la plupart de ces analyses je publie son communiqué :
L’OPA hostile sur Arcelor lancée par le groupe Mittal sonne l’heure de vérité pour l’Europe. Arcelor, groupe européen, peut-il être protégé par les européens des prédateurs financiers ?
Pour moi, la réponse est évidemment oui même si Arcelor ne peut-être aujourd’hui protégé juridiquement : ni par l’Europe qui n’a jamais engagé la moindre réflexion sur la sécurité économique des entreprises européennes ; ni par
La réponse est non pour Nelly Kroes, commissaire à la concurrence, qui, le 3 septembre 2005, lors d’un colloque en Italie, rappelait la doctrine de la commission européenne : la mondialisation n’est pas une menace et les mesures destinées à protéger les entreprises européennes n’ont pas de sens.
L’enjeu est pourtant clair, il s’agit, en France, de 27 000 emplois industriels. Il en va également de notre solidarité à l’égard de nos partenaires européens, luxembourgeois et espagnols.
Ne renouvelons-pas l’erreur d’avoir laissé absorbé Pechiney par Alcan dont on mesure aujourd’hui les conséquences sociales et stratégiques.
Enfin, que le PDG d’Arcelor s’exprime : a-t-il besoin, veut-il l’aide de
Bernard Carayon,
Pour ma part je pense qu'il est illusoire de vouloir protéger nos industries par des lois protectionnistes. D'autant que nos champions européens ne se privent pas pour faire leur marché à l'étranger. Il faut par contre se doter d'une vraie stratégie de "guerre économique" qui inclut nos entreprises et surtout les mécanismes financiers au niveau d'un ou plusieurs états. J'ai déjà écris dans ce blog que j'étais pour les fonds de pensions. Non pas seulement comme mécanisme complémentaire de financement des retraites mais comme arme économique. Si des fonds d'épargnes sont drainés par des organismes financiers et que la valorisation de la place de Paris augmente par ce biais mécaniquement, nos entreprises seront moins vulnérables. A l'échelle européenne ...
Cette fois ci c’est parti. L’ère de l’ubiquité des contenus et des services commence avec cette première mondiale de la sortie du film « Bubble » simultanément en salle et en VOD sur des réseaux câblés payants. La commercialisation des DVD se fera avec quelques jours de décalage. Cette annonce est une véritable bombe dans le monde des médias audiovisuels car elle va modifier en profondeur le mode de financement des films et le calcul de leurs rentabilités. C’est d’autant plus important qu’il ne s’agit pas d’un film amateur tourné par des pourfendeurs de l’Internet libre. Les producteurs sont un patron de chaînes câblées et un propriétaire de salles de cinéma. Le metteur en scène est également connu, il a réalisé des films à succès comme Erin Brockovich, Traffic et Ocean's 11.
Le propre PDG de Dysney avait déclaré récemment qu’il était favorable à la suppression du délai entre la sortie en salle et les autres moyens de commercialisation.
Qu’en pensent nos tenants de l’exception culturelle française ? Il faudrait commencer à accepter que les réseaux en ligne changent les modes de distribution des contenus. Si les salles veulent continuer à rencontrer un public, moins de 10% des consommateurs d’un film, elles doivent se repenser comme un vrai lieu de spectacle et de rencontre et accentuer encore la notion de services, d’abonnement, de fidélisation… Avoir une vrai démarche marketing orientée vers le consommateur. Il faut bien sûr que le modèle de royalties des ayants droits s’adapte en conséquence.
En France c’est pas gagné.
L'article en anglais : http://www.boingboing.net/2006/01/23/mark_cuban_to_theate.html
Le blog de Mark Cuban l'un des producteurs : http://www.blogmaverick.com/entry/1234000010073495/
L’année
J’ai également pensé dès mi 2004 qu’un rapprochement serait profitable aux deux parties car cela aurait permis à Free de disposer d’une offre mobile pour un pack quadri play et aurait offert à Bouygues Telecom un excellent relais de croissance.
La difficulté c’est que l’importance d’un rapprochement n’est pas la même pour Bouygues que pour Free. Surtout depuis que Free dispose d’une licence nationale WiMax qui lui permettra de faire de l’accès Internet nomade permanent et de la voix/données IP mobile.
Pour Bouygues c’était hautement plus stratégique de s’adjoindre une offre fixe/service car il est aujourd’hui bien isolé face à ses concurrents, tous affiliés à des groupes de communication avec accès fixe/internet. Dès que les premières offres quadri play seront disponibles sur le marché, Bouygues Télécom va se retrouver dans une position délicate. Surtout que ce qui est possible pour un FAI avec une offre MVNO n’est pas réciproque et donne l’avantage aux FAI.
Pour Free l’intérêt de s’adosser à un opérateur mobile est quasiment sans intérêt aujourd’hui. Un rapprochement avec TF1 par contre …
Je ne reviendrai pas sur le découpage possible dans la chaîne de valeur des acteurs Internet entre les fournisseurs d’accès, les portails multi services, les éditeurs de contenus etc… J’ai déjà traité ce sujet dans mon article « Combiens de FAI et d’acteurs Internet restera-t-il dans 10 ans ? ». Mais pour bien comprendre les enjeux il faut voir que le métier des FAI est amené à considérablement évoluer et qu’une partie des services possibles seront également proposés par des portails généralistes. Il va donc y avoir un recouvrement qui nécessitera de nouvelles alliances et une taille critique.
Pour revenir aux deux groupes, nous avons différents scenarii possibles qui dépendent beaucoup des personnalités des actionnaires de chacun de ces groupes.
Pour Bouygues Télécom il y a urgence.
Pour Bouygues Télécom l’année 2006 devrait être l’année d’une nouvelle stratégie car le marché de 2007 se décide maintenant et si il n’y pas de décision prise, les concurrents vont grignoter ses parts de marché dès l’année prochaine avec les offres multi play et les débuts de l’internet nomade couplé à des messageries uniques, des services sans rupture de charges … (exemple concret : un téléphone mixte GSM qui utilise l’accès wifi au domicile ou au bureau via Internet et permet d’être joint avec un numéro unique). En Allemagne et en Suède des offres de téléphonie mobile sur IP sont déjà disponibles avec Skype. Les coûts sont encore trop élevés (environ 40€/mois) pour en faire une offre packagée avec l’abonnement Internet mais cela va évoluer très vite.
Il faut également que les normes actuelles de téléphonie 3G évoluent afin de permettre l’utilisation du mobile de manière permanente et non pas comme aujourd’hui basé sur un fonctionnement à l’acte (minute, transaction, données transférées..) ce qui n’est pas cohérent avec les services broadcast de télévision sur mobile par exemple. La dualité de normes de communication va poser des problèmes de fréquences… Sauf avec le Wimax ?
Quoiqu’il en soit Bouygues doit agir maintenant pendant qu’il a encore une large marge de manœuvre financière et industrielle.
Etudions trois pistes :
Premièrement la vente. La valorisation de cette entreprise est, de mon point de vue, proche de son maximum car le marché n’a pas encore majoritairement basculé vers les offres haut débits ni quadri play.
Il y a donc une fenêtre de tir pour vendre l’activité mobile à l’un des opérateurs européens (Deutsch Telecom, Telecom Italia ou Telefonica) qui souhaitent s’implanter sur le marché français. Ce serait une excellente plus value pour le groupe Bouygues qui lui permettrait d’investir le cash dans les nouveaux services autour de TF1.
Cette option purement financière sera peut être difficile à prendre pour Martin Bouygues qui a toujours défendu la viabilité de sa filiale notamment lors du raid de Bolloré. Qu’en pense Pinault ?
La seconde alternative serait de renforcer son infrastructure de réseau et de la louer à tous les acteurs possibles. Une sorte de réseau mobile dissocié de la gestion de l’abonné (un TDF du mobile). De cette manière il pourrait se concentrer sur les investissements industriels 3G et Internet nomade et les rentabiliser au maximum avec des MVNO et autres FAI ou chaine de TV qui souhaiteront fournir des contenus audiovisuels multi supports. Bouygues peut également se positionner sur une offre low cost uniquement sur la voix, cohérente avec la notion de forfait quadriplay. C’est un modèle qui pourrait prendre à contre-pied SFR et Orange et éviterait de se retrouver marginaliser par les offres multiplay qui arriveront en 2007.
La troisième voix est plus sophistiquée et consisterait à faire un package avec TF1 ou une partie des actifs audiovisuels qui pourrait intéresser un FAI comme Free pour une fusion réunissant un réseau fixe, mobile et des contenus et moyens de diffusions audiovisuels... Une concurrence à Vivendi (Canal, SFR, 9 Cegetel)
Le bon calendrier pour tout le monde ?
Il est probable que si aucun accord n’a été possible entre Bouygues Télécom et Free c’est peut être parce que les perspectives de développement ne sont pas les mêmes. Bouygues Télécom, dans le format actuel, va décliner et n’est pas coté en bourse alors de Free va continuer de croître surtout avec le Wimax et
Il est très difficile donc de trouver un ratio de fusion que soit acceptable pour les deux parties. Un rapprochement Free TF1 serait plus judicieux mais la participation de Bouygues dans TF1 de 49% sur 5,35 milliards d’euro vaudrait pratiquement autant que les 76% de Xavier Niel dans Iliad. Problème de répartition du pouvoir en perspective…
Quoiqu’il en soit un rapprochement aurait du sens pour les deux acteurs mais pas avec le même impératif de calendrier. Les personnalités des intervenants ne favorisent pas non plus cette hypothèse ….
Pour Free pas d’urgence mais il faut anticiper
Pour Free la problématique est toute autre. Pour le moment c’est le nirvana. Une position de numéro deux en France difficilement attaquable, des services en constante évolution, un bon cash flow, des contenus VOD avec Canal,
Pour 2007, avec le magistral rachat de la licence Wimax à Altitude Telecom, Free se retrouve, pour le moment, avec l’unique licence nationale ce qui lui permettra d’offrir de l’accès nomade sur tout le territoire avec la notion de continuité de connexion.
C’est également la possibilité de fournir de la voix sur IP, ce qui a été fait avec l’accès fixe et pourrait être la première offre de téléphonie/visiophonie illimité comprise dans un forfait. Un gros pavé dans la mare des opérateurs surtout si on peut disposer d’une connexion permanente, ce qui n’est pas possibles avec les normes de téléphonie mobile actuelles (A ce sujet il faut surveiller ce que fait FON en se basant sur des hotspot de particuliers pour tenter d’offrir un roaming au niveau mondial).
On voit donc que l’intérêt d’un opérateur mobile « traditionnel » dans le giron d’Iliad n’est pas franchement nécessaire.
Pas de souci jusqu’en 2008 donc pas de raison de changer surtout avec un dirigeant jeune qui a encore envie de s’amuser
La guerre des contenus ?
Les difficultés vont venir après 2008 sur la guerre des contenus et l’arrivée de nouveaux acteurs multi services (Google, Yahoo…), voir mon article sur Google-Microsoft, qui vont tenter de cantonner les FAI à la fourniture d’accès simple à faible valeur ajoutée (encore le modèle TDF mais sans monopole et donc à faibles marges). Il faut donc anticiper maintenant pour verrouiller commercialement certains secteurs.
Jusqu’en 2008 en France il n’y a pas grand-chose à faire car Canal+ a négocié les droits des principaux contenus intéressants et son offre VOD est naturellement la plus pertinente. On l’a retrouve sur Free donc tout va bien. Le problème c’est que l’on va la retrouver également sur d’autres services de FAI et que ce ne sera donc plus un facteur différenciant.
Rappelons également que d’autres acteurs se lance sur le contenu à la demande, la facturation de services (Google Video, Google Payment…).
Des services ASP devraient également voir le jour, nécessiter plus de ressources et surtout imposer une migration d’une solution propriétaire (freebox) vers des offres packagées par des industriels (Alcatel, Intel, Microsoft, Cisco…) qui permettrons de se concentrer de plus en plus sur les services au plus prêt des infrastructures et de la gestion du réseau.
Mais le plus délicat viendra au moment des renouvellements de contrats de diffusion des contenus auprès de majors. Il va y avoir une redoutable compétition entre les acteurs télécom internationaux, les chaînes traditionnelles, les sites portails à la hauteur de ce qui s’est passé entre TPS et Canal Sat pour les droits de football mais au niveau européen…
La taille critique sera déterminante ainsi que la capacité de diffuser sur plusieurs pays. Free risque de se retrouver face à des acteurs comme Google, Telefonica et France Telecom qui pourront passer des accords pour plusieurs pays d’Europe. Si il ne réussi pas à négocier des contenus exclusifs il va se retrouver comme Bouygues Telecom et pourrait devenir « loueur » d’infrastructures.
Ce n’est évidemment pas aussi simple car cela dépend énormément de la capacité de tous les acteurs à évoluer autour de leur métier de base et les positions prises dans les deux années à venir.
TF1 qui n’est pas présent en dehors de
Ces réflexions valent évidemment pour tous les FAI bien que la plupart des autres soient des filiales de groupes de Telecom et donc plus a même d’affronter la concurrence. Pour AOL c’est un peu différent car à mon avis ils vont vers l’abandon de la fourniture d’accès pour se concentrer sur le multi services. Ils vont donc soit passer sous le Giron de Google soit rester affiliés à Time Warner et l’accès aux contenus est moins critique.
Si sur 2005 la tendance défensive s’est amorcée (fusion TPS Canal Sat) L’année 2006 devrait être une année riche en évolution des stratégies offensives des acteurs télécom et audiovisuels qui sont restés jusqu’ici un peu chacun derrière leurs frontières même si il y eu quelques incartades (Madonna avec FT). Les grandes manœuvres vont apparaître au grand jour. C’est toujours des périodes riches pour ceux qui savent anticiper et profiter des opportunités …
Malgré les dénégations de Bill Gates la semaine dernière indiquant que Google n’est pas un concurrent de Microsoft car leur cible est IBM, et celles d’Eric Schmidt, PDG de Google qui a indiqué que l'expansion de Google n'était pas dirigée contre Microsoft. ("Je pense qu'il y a de la place pour nous deux. Google se situe dans le secteur de l'information. Microsoft a une approche différente de la notre").
Je ne crois pas un mot de ces affirmations. Ils ne sont pas réellement concurrents en ce sens qu’ils ne cherchent pas à développer les mêmes produits ou services mais comme des équipes de rugby et de football sont différentes, lorsqu’elles jouent en même temps sur le même terrain il y a conflit.
Ils ont effectivement une approche différente et il serait très surprenant que Google cherche à développer un système d’exploitation ou des applicatifs de type Office mais la stratégie de Google et surtout l’évolution de l’Internet actuel vers l’ère de l’ubiquité des services et des contenus entre en conflit avec le développement de Microsoft. En effet si Google ne cherche pas à vendre du logiciel il cherche à fournir un service ASP qui couvrira la gamme Microsoft.
Ces deux acteurs viennent de deux mondes différents :
Microsoft vient du monde du logiciel et plus précisément du logiciel sur PC. Bill Gates a souvent anticipé les évolutions technologiques, souvenons nous de « information on the finger tips ». Cette perception aujourd’hui presque possible était bonne mais c’est le prisme par lequel cette perception a été traduite qui peut être différente.
Bill Gates a toujours cherché à intégrer les évolutions avec en arrière pensée le PC ou le terminal « intelligent ».
Cet angle de vision lui a déjà fait rater le démarrage d’Internet même si la puissance financière et industrielle lui a permis de combler cette erreur de perception (MS a tué Netscape, a lancé MSN …) mais fondamentalement la vision de Bill Gates passait par la domination de son système d’exploitation ou plus largement de briques logicielles sur différents terminaux (PC, mobile, console…) en jouant sur l’interopérabilité.
Google vient du monde du service : du moteur de recherche. Il positionne « l’intelligence » dans « le réseau », de manière répartie ou sur ses serveurs. L’avenir pour Google c’est que le PC soit remplacé par des terminaux légers (d’où certainement l’accord avec Sun autour de Java). C’était la vision de Scott Mc Nealy Président de Sun « computer is network » il y a déjà 20 ans. C’était une perspective pour le monde de l’entreprise mais cela pourrait s’appliquer prochainement au grand public.
Deux stratégies
Google vient d’annoncer Google Pack, je ne reviendrai pas sur ces services, somme toute peu innovants mais sur la raison de la mise en place de cette offre. Google vise à s’affranchir du PC, comme Yahoo d’ailleurs, et si on prend une analogie, se positionne comme guide TV, télécommande universelle et meta-régie publicitaire. En bref comme acteur incontournable à tous services en ligne multi terminaux. Il faut donc occuper le terrain avec le maximum de produits et services qui rendent presque incontournable Google.
Microsoft base une grande partie de sa stratégie future sur Vista et tous les OS multi plateformes : PC, téléphones portables, serveurs de vidéo, logiciels de set top box, console de jeux … Avec cette stratégie d’encerclement MS vise la convergence avec un outil unique : le sien. Il garde une carte : MSN on y reviendra.
Il est probable que l’ubiquité des services et des contenus valident la stratégie de Google mais cela peut prendre du temps et dans l’intervalle Microsoft conforte sa position avec les produits « traditionnels » et commence à se positionner avec Windows Live mise en place par le nouveau CTO (Ray Ozzie). Verra-t-on un OS et des applications Microsoft en mode ASP ? Je le pense. (ndl : c’est le concept X window qui revient)
Le même terrain de jeux ?
Comme on le voit leurs parcours sont différents, leurs stratégies également mais elles se télescopent.
Jusqu’ici les concurrents de Microsoft étaient de petites tailles et relativement facile à contrer. Google marie à la fois une stratégie d’innovation en ayant parfaitement anticipé ce que pourrait être l’avenir des services en ligne mais également une excellente stratégie financière qui lui permet de « peser » 140 Mds$ avec un objectif de 200 et lui permet d’investir en R&D, en partenariats, en rachat etc ….
Le seul point noir pour Google c’est le temps. Sa stratégie et ses moyens sont en phase mais pour réussir il ne faut pas que la machine se grippe. Viser l’ubiquité des services et des contenus passe par la convergence des technologies de communication voix, données, fixe, mobile…
Techniquement nous n’en sommes plus très loin mais encore faut-il que les infrastructures soient déployées et que les consommateurs suivent. En Europe la compétition entre les normes de l’Internet et de téléphonie mobile rend difficile la convergence. En France seul Free pourra, au niveau national dès 2007, rendre transparent l’accès avec sa licence wimax et faire du contenu mobile sur IP (voix données).
L’autre point difficile pour Google c’est que cette convergence pourrait ce faire dans un premier temps sous le contrôle des FAI qui ne souhaitent certainement pas que Google s’insèrent dans leur relation de transaction avec leurs clients (ex : Google video qui vient en concurrence des offre de VOD des FAI et surtout la nouvelle division Google Payment Corp : solution de paiement). Cette offre de Google ne vise qu’a commencer à transformer son modèle économique non captif par la mise ne place de relations client/facturation. Mais que font les banques ?
C’est certainement là qu’est la chance de Microsoft face à Google. Ses récents développements dans les serveurs vidéo (accord avec Club Internet chez nous) vise à conserver la maîtrise et à renforcer ses alliés de circonstance les FAI. Qui en effet sera mieux à même de fournir des services ASP au grand public (applicatifs, contenus, maintenance…) si le PC s’efface au profit de terminaux plus légers administrables à distance ?
Une opportunité pour les FAI ?
Les FAI ont une formidable opportunité de fournir des services étendus (fixes et nomades) au grand public au-delà du simple accès quadruple play. Pour cela il leur faut des logiciels qu’ils ne peuvent développer eux même. Microsoft s’en charge. Ils sont en bonne posture pour négocier avec MS, ce n’est pas si fréquent. Comme on le voit c’est un jeu à trois bandes. Un nouveau monopole ? Que fait la pomme ? Heureusement d’autres acteurs comme Cisco s’intéressent à ce marché.
La guerre économique ?
Au-delà de la simple compétition sur la stratégie, nous allons assister à une véritable guerre économique entre ces deux acteurs visant à maximiser ses profits et à torpiller ceux de l’autre. Il y a fort à parier que Google favorise l’éclosion d’applicatifs concurrents de Microsoft et que ce dernier lui face la guerre avec MSN search. A ce titre, la perte de l’accord AOL est une mauvaise nouvelle pour Microsoft.
Une fusion AOL avec MSN aurait permis à Microsoft de devenir un vrai leader dans le monde du portail multi services.
Pour AOL par contre la dépendance aurait pu être délicate. En terme financier on peut comprendre Carl Icann (premier actionnaire de Time Warner) qui souhaitait une fusion pour donner de la valeur à l’ensemble.
En terme de stratégie long terme et d’indépendance, la prise de participation de 5% dans le capital d’AOL par google laisse plus de marge de manœuvre à AOL. Mais c’est surtout un excellent back up pour Time Warner et pour ses contenus. Si nous raisonnons par ubiquité des services et des contenus (voire mes articles sur le téléchargement et sur les acteurs Internet), un fournisseur de contenus doit garder une marge de manœuvre dans la distribution. Comme la stratégie d’AOL a échoué comme FAI à cause de sa sous estimation du marché haut débit, il lui faut rester un des leaders du portail afin de garantir la diffusion de ses contenus.
Pour Google c’est tout bénéfice : 1 mds $ c’est peu face aux enjeux car le CA de google généré avec AOL est de 500 m$ qui aurait pu être remis en cause en cas de fusion avec MS. Et la conservation de son moteur comme moteur de recherche d’AOL est stratégique pour évoluer vers le multi services.
La migration des modèles économiques
Pour Microsoft migrer vers le service va être périlleux car cela peut entraîner une baisse temporaires de ses revenus. Son atout : son cash qui lui permettra de tenir le temps de la migration.
La vrai question c’est quand commencer la migration du modèle économique. D’après les différentes interview de Ballmer et Gates pendant le CES il semble que la migration commencera cette année. Mais dans quelle proportion ? Il est probable que MS innove également dans le moteur de recherche car c’est sur la technologie que se fera la compétition entre MS et Google (voire mon article « dans 10 ans »). Entre parenthèse c’est sur ce plan là que Yahoo est plus fragile et que pour le moment il est en retrait par rapport à MS et Google.
Le temps va être un facteur clé car de la vitesse de l’évolution du marché va être un élément majeur du succès de l’une ou l’autre des stratégies. Plus l’évolution sera rapide, plus Google sera avantagé, plus elle sera lente plus Microsoft pourra faire sa transition.
La capitalisation comme arme
Les capitalisations respectives vont également être déterminantes. Si la vente de licences diminue pour Microsoft ou si Vista n’est pas un succès rapide, la capitalisation de MS peut baisser de 20% dans les 2 ans. Cela sera un frein dans la compétition.
A l’opposé, l’action Google peut certainement grimper à 500 $ voire 600 comme le prédisent certains analystes (actuellement autour de 470$) et amener sa capitalisation à la moitié de celle de Microsoft. Mais si il y a le moindre retard dans la mise en place d’un de ses services, l’arrivée d’un nouveau moteur (Ask Jeeves ?) ou une offensive majeure de Yahoo qui est sur un modèle proche et on retourne à 250$. Une fusion Yahoo et MSN serait un superbe coup… Ils sont déjà alliés dans l’Open Content Alliance pour contrer Google Print …
A ce jeu là Microsoft a un avantage : le marché des entreprises qui peut continuer à générer de forts revenus. Google est plus exposé car il ne peut s’appuyer sur une rente de situation aussi importante et sa capitalisation est plus basée sur des perspectives que sur des fondamentaux. Et n’oublions pas l’initiative européenne, Quaero, visant à concurrencer Google (non je blague).
L’Internet en 2006 n’est plus un territoire vierge mais c’est devenu un enjeu industriel ou les grandes familles d’acteurs n’ont pas fini de s’affronter. Le jeu maintenant va être de deviner les futures alliances et acquisitions autour de ces deux acteurs majeurs.










