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  Christian Jegourel

 

    

25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 12:01

L’année 2005 a été le théâtre de rumeurs de rapprochement entre ces deux entreprises. Etait-ce réellement intéressant et pour qui ?

J’ai également pensé dès mi 2004 qu’un rapprochement serait profitable aux deux parties car cela aurait permis à Free de disposer d’une offre mobile pour un pack quadri play et aurait offert à Bouygues Telecom un excellent relais de croissance.

La difficulté c’est que l’importance d’un rapprochement n’est pas la même pour Bouygues que pour Free. Surtout depuis que Free dispose d’une licence nationale WiMax qui lui permettra de faire de l’accès Internet nomade permanent et de la voix/données IP mobile.

Pour Bouygues c’était hautement plus stratégique de s’adjoindre une offre fixe/service car il est aujourd’hui bien isolé face à ses concurrents, tous affiliés à des groupes de communication avec accès fixe/internet. Dès que les premières offres quadri play seront disponibles sur le marché, Bouygues Télécom va se retrouver dans une position délicate. Surtout que ce qui est possible pour un FAI avec une offre MVNO n’est pas réciproque et donne l’avantage aux FAI.

Pour Free l’intérêt de s’adosser à un opérateur mobile est quasiment sans intérêt aujourd’hui. Un rapprochement avec TF1 par contre …

Je ne reviendrai pas sur le découpage possible dans la chaîne de valeur des acteurs Internet entre les fournisseurs d’accès, les portails multi services, les éditeurs de contenus etc… J’ai déjà traité ce sujet dans mon article « Combiens de FAI et d’acteurs Internet restera-t-il dans 10 ans ? ». Mais pour bien comprendre les enjeux il faut voir que le métier des FAI est amené à considérablement évoluer et qu’une partie des services possibles seront également proposés par des portails généralistes. Il va donc y avoir un recouvrement qui nécessitera de nouvelles alliances et une taille critique.

Pour revenir aux deux groupes, nous avons différents scenarii possibles qui dépendent beaucoup des personnalités des actionnaires de chacun de ces groupes.

Pour Bouygues Télécom il y a urgence.

Pour Bouygues Télécom l’année 2006 devrait être l’année d’une nouvelle stratégie car le marché de 2007 se décide maintenant et si il n’y pas de décision prise, les concurrents vont grignoter ses parts de marché dès l’année prochaine avec les offres multi play et les débuts de l’internet nomade couplé à des messageries uniques, des services sans rupture de charges … (exemple concret : un téléphone mixte GSM qui utilise l’accès wifi au domicile ou au bureau via Internet et permet d’être joint avec un numéro unique). En Allemagne et en Suède des offres de téléphonie mobile sur IP sont déjà disponibles avec Skype. Les coûts sont encore trop élevés (environ 40€/mois) pour en faire une offre packagée avec l’abonnement Internet mais cela va évoluer très vite.

Il faut également que les normes actuelles de téléphonie 3G évoluent afin de permettre l’utilisation du mobile de manière permanente et non pas comme aujourd’hui basé sur un fonctionnement à l’acte (minute, transaction, données transférées..) ce qui n’est pas cohérent avec les services broadcast de télévision sur mobile par exemple. La dualité de normes de communication va poser des problèmes de fréquences… Sauf avec le Wimax ?

Quoiqu’il en soit Bouygues doit agir maintenant pendant qu’il a encore une large marge de manœuvre financière et industrielle.

Etudions trois pistes :

Premièrement la vente. La valorisation de cette entreprise est, de mon point de vue, proche de son maximum car le marché n’a pas encore majoritairement basculé vers les offres haut débits ni quadri play.

Il y a donc une fenêtre de tir pour vendre l’activité mobile à l’un des opérateurs européens (Deutsch Telecom, Telecom Italia ou Telefonica) qui souhaitent s’implanter sur le marché français. Ce serait une excellente plus value pour le groupe Bouygues qui lui permettrait d’investir le cash dans les nouveaux services autour de TF1.

Cette option purement financière sera peut être difficile à prendre pour Martin Bouygues qui a toujours défendu la viabilité de sa filiale notamment lors du raid de Bolloré. Qu’en pense Pinault ?

La seconde alternative serait de renforcer son infrastructure de réseau et de la louer à tous les acteurs possibles. Une sorte de réseau mobile dissocié de la gestion de l’abonné (un TDF du mobile). De cette manière il pourrait se concentrer sur les investissements industriels 3G et Internet nomade et les rentabiliser au maximum avec des MVNO et autres FAI ou chaine de TV qui souhaiteront fournir des contenus audiovisuels multi supports. Bouygues peut également se positionner sur une offre low cost uniquement sur la voix, cohérente avec la notion de forfait quadriplay. C’est un modèle qui pourrait prendre à contre-pied SFR et Orange et éviterait de se retrouver marginaliser par les offres multiplay qui arriveront en 2007.

La troisième voix est plus sophistiquée et consisterait à faire un package avec TF1 ou une partie des actifs audiovisuels qui pourrait intéresser un FAI comme Free pour une fusion réunissant un réseau fixe, mobile et des contenus et moyens de diffusions audiovisuels... Une concurrence à Vivendi (Canal, SFR, 9 Cegetel)

Le bon calendrier pour tout le monde ?

Il est probable que si aucun accord n’a été possible entre Bouygues Télécom et Free c’est peut être  parce que les perspectives de développement ne sont pas les mêmes. Bouygues Télécom, dans le format actuel, va décliner et n’est pas coté en bourse alors de Free va continuer de croître surtout avec le Wimax et la TV HD et aujourd’hui vaut un peu plus de 2,8 milliards d’euro. 

Il est très difficile donc de trouver un ratio de fusion que soit acceptable pour les deux parties. Un rapprochement Free TF1 serait plus judicieux mais la participation de Bouygues dans TF1 de 49% sur 5,35 milliards d’euro vaudrait pratiquement autant que les 76% de Xavier Niel dans Iliad. Problème de répartition du pouvoir en perspective…

Quoiqu’il en soit un rapprochement aurait du sens pour les deux acteurs mais pas avec le même impératif de calendrier. Les personnalités des intervenants ne favorisent pas non plus cette hypothèse ….

Pour Free pas d’urgence mais il faut anticiper

Pour Free la problématique est toute autre. Pour le moment c’est le nirvana. Une position de numéro deux en France difficilement attaquable, des services en constante évolution, un bon cash flow, des contenus VOD avec Canal, la HD pour bientôt …

Pour 2007, avec le magistral rachat de la licence Wimax à Altitude Telecom, Free se retrouve, pour le moment, avec l’unique licence nationale ce qui lui permettra d’offrir de l’accès nomade sur tout le territoire avec la notion de continuité de connexion.

C’est également la possibilité de fournir de la voix sur IP, ce qui a été fait avec l’accès fixe et pourrait être la première offre de téléphonie/visiophonie illimité comprise dans un forfait. Un gros pavé dans la mare des opérateurs surtout si on peut disposer d’une connexion permanente, ce qui n’est pas possibles avec les normes de téléphonie mobile actuelles (A ce sujet il faut surveiller ce que fait FON en se basant sur des hotspot de particuliers pour tenter d’offrir un roaming au niveau mondial).

On voit donc que l’intérêt d’un opérateur mobile « traditionnel » dans le giron d’Iliad n’est pas franchement nécessaire.

Pas de souci jusqu’en 2008 donc pas de raison de changer surtout avec un dirigeant jeune qui a encore envie de s’amuser

La guerre des contenus ?

Les difficultés vont venir après 2008 sur la guerre des contenus et l’arrivée de nouveaux acteurs multi services (Google, Yahoo…), voir mon article sur Google-Microsoft, qui vont tenter de cantonner les FAI à la fourniture d’accès simple à faible valeur ajoutée (encore le modèle TDF mais sans monopole et donc à faibles marges). Il faut donc anticiper maintenant pour verrouiller commercialement certains secteurs.

Jusqu’en 2008 en France il n’y a pas grand-chose à faire car Canal+ a négocié les droits des principaux contenus intéressants et son offre VOD est naturellement la plus pertinente. On l’a retrouve sur Free donc tout va bien. Le problème c’est que l’on va la retrouver également sur d’autres services de FAI et que ce ne sera donc plus un facteur différenciant.

Rappelons également que d’autres acteurs se lance sur le contenu à la demande, la facturation de services (Google Video, Google Payment…).

Des services ASP devraient également voir le jour, nécessiter plus de ressources et surtout imposer une migration d’une solution propriétaire (freebox) vers des offres packagées par des industriels (Alcatel, Intel, Microsoft, Cisco…) qui permettrons de se concentrer de plus en plus sur les services au plus prêt des infrastructures et de la gestion du réseau.

Mais le plus délicat viendra au moment des renouvellements de contrats de diffusion des contenus auprès de majors. Il va y avoir une redoutable compétition entre les acteurs télécom internationaux, les chaînes traditionnelles, les sites portails à la hauteur de ce qui s’est passé entre TPS et Canal Sat pour les droits de football mais au niveau européen…

La taille critique sera déterminante ainsi que la capacité de diffuser sur plusieurs pays. Free risque de se retrouver face à des acteurs comme Google, Telefonica et France Telecom qui pourront passer des accords pour plusieurs pays d’Europe. Si il ne réussi pas à négocier des contenus exclusifs il va se retrouver comme Bouygues Telecom et pourrait devenir « loueur » d’infrastructures.

Ce n’est évidemment pas aussi simple car cela dépend énormément de la capacité de tous les acteurs à évoluer autour de leur métier de base et les positions prises dans les deux années à venir.

TF1 qui n’est pas présent en dehors de la France contrairement à son concurrent « qui monte » peut se retrouver également isolé par un émiettage de ses parts de marché sur la multitude de chaînes ADSL. Sa capacité à développer le multi supports sera un facteur clé de succès et un rapprochement avec un FAI innovant serait une bonne opération.

Ces réflexions valent évidemment pour tous les FAI bien que la plupart des autres soient des filiales de groupes de Telecom et donc plus a même d’affronter la concurrence. Pour AOL c’est un peu différent car à mon avis ils vont vers l’abandon de la fourniture d’accès pour se concentrer sur le multi services. Ils vont donc soit passer sous le Giron de Google soit rester affiliés à Time Warner et l’accès aux contenus est moins critique.

Si sur 2005 la tendance défensive s’est amorcée (fusion TPS Canal Sat) L’année 2006 devrait être une année riche en évolution des stratégies offensives des acteurs télécom et audiovisuels qui sont restés jusqu’ici un peu chacun derrière leurs frontières même si il y eu quelques incartades (Madonna avec FT). Les grandes manœuvres vont apparaître au grand jour. C’est toujours des périodes riches pour ceux qui savent anticiper et profiter des opportunités …

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Published by Edgeminded - dans Analyse-Stratégie
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commentaires

Stephane 18/12/2006 10:28

D'un point de vue plus technologique (Wimax), ma vision d'un rapprochement entre Bouygues et Free.Car ce qui est en train de se passer avec le Wimax est énorme: La remise en question profonde du business model des opérateurs télécoms mobiles. (Sans parler de la confrontation au niveau constructeur d' acteurs telecoms et informatiques qui n'étaient pas jusqu'à présent concurrents sur les mêmes segments de marché...Cf Intel Vs Qualcomm)Le Wimax n'a pas été vraiment pris au sérieux jusqu'à maintenant par les opérateurs telco classiques...des mauvais relans de BLR mais aussi et surtout un gout amer des Milliards dépensés pour l'UMTS. Il est clair que les lobbystes des 3 acteurs telecoms mobiles français ont travaillé sec pour bloquer le Wimax mobile en France. Ils ont du s'entendre d'ailleurs pour laisser FT travailler en coulisse. On imagine le genre de connexions que peut avoir FT avec le gouvernement...et de l'influence d'un Mr T sur les autorités de régulation...Après les milliards dépensés pour des licences UMTS... ils leur doivent bien ça.Alors, on fait diversion en organisant une grande foire à l'attribution de licences Wimax nomades régionales, On envoit le Bolloré en première ligne et on tire les ficelles en coulisse...Ils ne vont pas laisser leur business model Ultra rentable s'écrouler simplement à cause d'évolutions technologiques. Alors au lieu de s'adapter et de trouver un autre business model adapté à la techno et ainsi démocratiser les usages, on se serre les coudes tous ensemble pour maintenir un forfait voix de 2H à 20 Euros et des forfaits Datas au prix de communications vers la lune.Heureusement pour nous, amateur de technologies au prix le plus juste, un trublion nommé Free va venir mettre son grain de sable....Et quand on voit, la façon dont il a pris des parts de marché à Mamadou sur l'internet, on se gausse d'avance de voir ce que ça pourra donner sur le mobile. Pour le moment, Il affute ses armes, (Il a obtenu la seule licence nationale Wimax grâce à une erreur stratégique monumentale de Neuf Cegetel-SFR) , Il rassure la concurrence en leur affirmant que l'utilisation du Wimax ne servira uniquement qu'à combler les zones blanches non desservies par l'ADSL...Jusqu'au jour où le 802.16e (Wimax Mobile) arrivera...Free touche le Jackpot en se faisant racheter au prix fort par un Bouygues Telco qui avait senti le vent venir et qui avait guardé ses 5 milliards de cash de licences UMTS :)...et là, ça risque de saigner pour les Orange et SFR...Bottom Line:Achetez des actions Iliad. ;)SD

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