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  Christian Jegourel

 

    

11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 18:50

L’annonce surprise de négociation exclusive entre Telecom Italia et Iliad, la maison mère de Free, va avoir des conséquences importantes sur le paysage français des télécom.

Comme nous l’avions décrit dans notre précédent dossier télécom (Free, Numéricâble, Bouygues Telecom : 2008 l’année de tous les dangers face à Orange et SFR Neuf), la bataille va maintenant se jouer sur les offres quadruple play capables de fournir aux clients de l’accès internet fixe et mobile, de la téléphonie fixe et mobile, des accès à des contenus et services premium.

Si Orange et Vivendi possède toutes briques nécessaires à ces offres multi play, les autres acteurs en sont dépourvus.

Bouygues Telecom est le numéro trois du mobile en France mais n’a aucune présence dans l’accès internet. Le groupe de Martin Bouygues envisage d’ailleurs de lancer une offre grand public à la rentrée avec sa Bbox mais compte tenu de la nature du marché et de la relative bonne pénétration en France de l’ADSL, il a très peu de chance de réussir son pari bien trop tardif. Le rachat d’Alice lui aurait permis de mieux se positionner mais nécessitait du cash que ne voulait peut être pas mettre Martin Bouygues, semble-t-il, plus intéressé par le nucléaire que par les médias et les télécom.

Numéricâble, nous avons largement détaillé sa position dans cet article (Numéricâble joue sa dernière carte en 2008 ?), est également dans une situation délicate. Sa stratégie basée sur l’audiovisuel et la capacité de véhiculer des contenus HD se confronte à la pauvreté de l’offre de programme haute définition. Les réseaux ADSL étant suffisamment rapides pour véhiculer de la télévision en résolution standard, l’avantage compétitif de Numéricâble disparaît. Par ailleurs la très mauvaise qualité de service de Noos n’a pas non plus concouru à des prises de part de marché dans l’accès internet où les 3 grands acteurs ont maintenant « verrouillé » le marché. Le câblo opérateur est également confronté à une crise financière car l’entrée dans le capital de Carlyle qui a repris 1/3 du capital à Cinven rend les prises de position plus complexe surtout dans une période où les fonds manquent de liquidité. Le rachat d’Alice aurait pourtant permis à Numéricâble de sauver sa position car maintenant il n’est plus capable de se positionner correctement sur l’accès internet et ce n’est pas un offre de MVNO avec Bouygues Telecom qui lui permettra de s’en sortir. En ne lui permettant pas de concourir au rachat d’Alice, les fonds Cinven et Carlyle l’ont condamné à plus ou moins brève échéance à un rôle de loueur d’infrastructure ou même à une revente de son réseau. Mais après tout même avec Alice peut être que Carlyle et Cinven avaient déjà cette option en tête et dans ce cas le rachat d’Alice ne servait à rien ?

Le coup de Xavier Niel est donc doublement intelligent car outre le fait que cela replace Free en position de numéro deux de l’accès internet cela empêche Numéricâble et surtout ByTel de se positionner sur ce segment.

Free est donc revenu sur le devant de la scène après un petit passage à vide et l’échec de l’attribution de la 4ème licence mobile redevenant le numéro deux français de l’accès internet devant Neuf.

Sur le terrain de la 4ème licence mobile, tout n’est pas perdu car sa licence nationale Wimax va permettre à Free de développer une offre d’accès internet nomade. De Quoi téléphoner gratuitement depuis un téléphone Wimax sur toutes les destinations couvertes par le FAI en mode IP. Comme la plupart des fabricants de terminaux annoncent des téléphones bi-mode Wimax-GSM pour 2009, une offre commerciale peut être envisagée.

L’étape suivante sera pour Free la possibilité d’obtenir une licence mobile. Car si techniquement son réseaux Wimax peut faire de la téléphonie mobile, l’Arcep n’autorise pas le handover (passage de cellule à cellule) et donc de rester connecter tout en se déplaçant.

Il y a plusieurs options pour Free.

Soit le groupe obtient lors des prochaines enchères, bien tardives, une licence mobile sur une région qui couvre au moins 25% de la population soit il ne l’obtient pas.

Dans la première hypothèse, Free pourra déployer ses émetteurs sur les points hauts utilisés par ses émetteurs Wimax, le déploiement pourra être relativement rapide à condition que la licence obtenue coïncide avec son déploiement Wimax.

Soit il n’obtient pas de licence et devra composer avec ByTel.

Je privilégierais la seconde solution car maintenant que ByTel n’a plus d’option pour l’accès ADSL en dehors d’une offre propre, il devra composer avec un partenaire puissant dans l’accès internet. Numéricâble étant hors course, il ne reste que Free.

Le groupe de Xavier Niel possède en plus la seule licence nationale Wimax et Bytel les points hauts et une licence 3G. La réunion des deux acteurs permettrait à Free de déployer très rapidement une offre complète basée sur une technologie mobile 4G au moins 2 à 3 ans avant SFR et Orange. Cela permettrait également à ByTel de reprendre la main par rapport à Orange et SFR en proposant une offre 4G 3 ans avant les autres.

Bouygues et Free sont donc condamnés à s’entendre pour devenir à eux deux un véritable acteur industriel capable de résister à Vivendi et France Telecom.

Les précédentes négociations ont échoué sur l’ego puissant de deux patrons propriétaires mais les conditions ont changé. TF1 à déjà perdu la moitié de sa valeur car Martin Bouygues n’a pas su imposer des changements de stratégie en ne prenant pas position sur une vente de TF1 pour financer d’autres acquisitions. Les équipes en place n’avaient donc pas de ligne stratégique autre que cracher du cash. Nous avions déjà détaillé ce problème : Les incertitudes chez Bouygues Telecom

C’est la même chose pour ByTel confronté à une crise de confiance qui ne sait plus ou aller. Martin Bouygues en voulait plus de 10 milliards il y a deux ans mais la valeur de l’opérateur va fondre, comme celle de TF1, au fur et à mesure des mouvements des autres acteurs du secteur.

Le patron du groupe éponyme va peut être en fin comprendre que dans ce secteur les non décisions coutent parfois plus cher que les erreurs.

Free a donc repris la main et est dans une bonne position pour négocier des alliances. Reste à savoir quel est maintenant sont cash flow, nous allons étudier ses rapports financiers pour estimer s’il lui est possible, et à quel vitesse, de déployer son offre Wimax.

Articles en relation :

Free dans une situation moyenne mais pas désespérée

Free, Numéricâble, Bouygues Telecom : 2008 l’année de tous les dangers face à Orange et SFR Neuf

Numéricâble joue sa dernière carte en 2008 ?

Les incertitudes chez Bouygues Telecom

Dossier Wimax : 1 # La situation dans le monde

Dossier Wimax : 2 # La situation particulière en France

Dossier Wimax : 3 # l’UMTS sature déjà

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Published by Edgeminded - dans Analyse-Stratégie
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commentaires

Guillaume 08/07/2008 15:47

Bonjour,Je me permettrai une remarque : Free n'a-t-il pas, avec ce rachat, amputé son avenir de FAI voire d'opérateur intégré ?1 milliard (de dette) vs combien pour devenir opérateur mobile ? 1 milliard qui aurait pu etre utile dans la Fibre pour "préempter" des positions, non ?

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