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  Christian Jegourel

 

    

22 mars 2006 3 22 /03 /mars /2006 14:35

    BOUYGUES - L'esprit challenger

Je préparais cet article depuis plusieurs jours quand l’actualité a rejoins mes réflexions. Plus largement faut-il que ces groupes qui n’affichent pas de synergies réelles entre leurs unités opérationnelles ce réorganisent pour faire face à  leurs nouveaux enjeux et soient revaloriser.

Hier soir on apprend que deux investisseurs auraient acquis 2.5 % de Vivendi et deviennent les premiers actionnaires.

Au cours actuel, Vivendi est valorisé plus de 33 mds € avec des actifs dans Canal+ (65% du capital), Studio Canal (100%), VU Games (100% du capital),  UMG (100% du capital), SFR (56% du capital), 9 Telecom (16% du capital), NBC aux US (20%) du capital, Maroc Telecom (51% du capital) et Elektrim (25% du capital).

La valorisation de l’ensemble des participations en tenant compte d’estimation du marché sur SFR, UMG, NBC et Elektrim est proche de celle du cours actuel. Il n’y a donc pas de grosse plus values à attendre d’une vente par appartement.

Alors où est l’intérêt ?

Pour trouver de la valeur il faut se positionner dans le nouveau mécano industriel et financier que se livre les grands acteurs de médias, de l’Internet et des Telecom. Tout est basé sur la convergence de certains métiers. J’ai déjà abordé, dans d’autres articles, la convergence des technologies et des services, nous allons aborder la convergence vers les ayants droits et les annonceurs.

Je crois à la montée en puissance des infomédiaires ou des méta-médias capables de décliner des contenus et de la publicité associée multi-supports. Ce concept multi-support, n’est pas nouveau : on en parlait déjà en 97-98 lorsque j’étais à l’INA mais il prend aujourd’hui réalité avec le développement des stratégies des GYM (Google, Yahoo et Microsoft) sans oublier AOL (dans lequel Google a 5%).

Si ces stratégies sont efficaces, les infomédiaires vont pouvoir négocier avec les producteurs de contenus des accords de diffusion multi-supports et faire de même avec les annonceurs. La puissance d’une chaîne broadcast est prépondérante car même si le développement d’Internet et du contenu sur mobile progresse rapidement les sommes engagées pour l’achat des droits restent très en retrait, et pour quelques années, par rapport à celles proposées par les grands networks.

Mais la menace est réelle pour ceux-ci s’ils ne réagissent pas. News Corp a bien compris le message. Il se lance à l’assaut d’acteurs Internet et son plus beau coup est le rachat d’Ask Jeeves, un moteur de recherche concurrent (modeste) de Google. Avec le poids de News Corp et ses contenus, il va devenir un concurrent redoutable pour Google mais également pour tous les diffuseurs de la planète. Je pari d’ailleurs sur un rachat rapide du nouveau moteur Acoona par un acteur concurrent.

Et pour Vivendi ?

Ce groupe ne s’est pas préparé à cette nouvelle bataille car son management était préoccupé par la réduction de l’endettement et par la gestion plus que par l’innovation, ce qui peut se comprendre au vu de la situation en 2002. Mais maintenant il faut, de nouveau, une stratégie claire, ce qu’il n’y a pas, vu de l’extérieur et de nombreux investisseurs ou spécialistes de la recommandation financière avec qui j’ai discuté de ce sujet très récemment et à qui j’expliquais qu’il y avait du potentiel pour la valeur.

Je me souviens de Peugeot à une époque où le groupe allait très mal, la famille avait fait appel à Jacques Calvet qui a tout réorganisé comme un bon gestionnaire. Le groupe a retrouvé la profitabilité et Calvet a été remercié avant la fin de son mandat. Cela m’a marqué car j’y ai vu la clairvoyance de l’actionnaire qui a su choisir le bon management au bon moment : un gestionnaire quand les finances sont mauvaises pour assainir puis savoir le remplacer par un stratège pour relancer l’innovation et la croissance.

Vivendi manque aujourd’hui de ce type de profil. C’était certainement dans les cartons dès que la dette de 14 mds € serait résorbée mais il n’y a plus le temps car l’environnement extérieur change trop vite.

Etudions plusieurs scénarii.

Le démantèlement de Vivendi en vendant SFR, Elektrim et Maroc Telecom. A qui et comment ?

Pour les filiales Telecom les grands acteurs européens (Deutsche Telecom, Telefonica, Telecom Italia) seront vraisemblablement intéressés. Au total cela fait plus de 6 mds € au cours de bourse de Maroc Telecom et en prenant une moyenne du secteur en Europe pour Elektrim.

Pour SFR, c’est facile. Vodafone est en embuscade depuis longtemps et en prenant une valorisation par abonné sur une moyenne européenne (1400€) on obtient entre 12 et 14 mds € pour les 56% détenus. Au passage il convient de négocier avec Vodafone un droit de diffusion des contenus Canal+ sur son réseau mobile international surtout pour les zones francophones.

Ensuite un accord avec Google pourrait être intéressant :

La stratégie des infomédiaires est d’être multi-support et la course est relancée avec News Corp. Il faut donc que ces acteurs prennent position dans les médias audiovisuels. Yahoo a annoncé un partenariat avec Lagardère sur Public TV, ce qui démontre l’intérêt international de ce type d’acteur.

Google pourrait être intéressé par un partenaire capable de négocier des droits avec la puissance et l’expérience de Canal, par les 20 % dans des actifs audiovisuels aux US… Imaginez une puissance de feu regroupant Google, Canal,NBC et Vodaphone !

La méta régie publicitaire, la diffusion multi canal, le CRM intelligent, un parc d’abonnés, etc…. Killer Strategy.

Au passage, le cours de bourse de Google, qui a perdu 30 mds de $ en deux mois remonterait à des niveaux stratosphériques. (Tiens ? 30 mds $ ce n’est pas très éloigné de la valorisation de Vivendi). Google pourrait faire un joli coup pratiquement neutre pour ses finances s’il n’y avait pas des contraintes réglementaires à posséder une chaîne en Europe. Il reste à imaginer des solutions (messieurs les banquiers d’affaires, voici un bon exercice).

Que penseraient Lagardère et M6 d’un tel montage ?

Faut-il faire de même avec Bouygues ?

J’ai déjà donné un avis sur ce groupe dans un autre article en préconisant une introduction en bourse de Bouygues Tel mais il y a peut être à compléter les options. Pour Bouygues, il ne peut y avoir de démantèlement sans les accords de la famille Bouygues et du groupe Pinault car à eux deux il ont la minorité de blocage et un accord d’actionnaires.

Néanmoins, le groupe, avec TF1 et Bouygues Telecom va se retrouver en situation délicate (voir article précédent). Il existe de nombreuses options de croissance et d’accroissement de la valorisation.

Imaginons un scénario : un accord avec Microsoft

En concurrence frontale avec Google (voir mon article du 11 janvier 2006), Microsoft va devoir s’allier avec des acteurs média à l’instar de Yahoo et AOL pour son portail MSN.

Imaginons l’introduction en bourse de MSN, une société commune avec TF1 pour adresser un bassin linguistique francophone. Comme pour Canal, la puissance et l’expérience de TF1 dans l’audiovisuel et la régie publicitaire en font un partenaire de choix. Microsoft étant mondial, ses filiales peuvent adresser le marché local et s’appuyer sur des équipes de TF1 pour répliquer le modèle sur différents bassins linguistiques. C’est aussi pour TF1 le meilleur moyen de s’internationaliser après l’échec de pénétration du marché allemand. De tout manière si les français ne le font pas c’est les canadiens qui viendront diffuser sur Internet les contenus en langue française avec les stratégies publicitaires associées.

Et pour les Telecom ?

Une introduction en bourse et/ou une fusion avec Telefonica donnerait un point d’entrée sur le bassin linguistique hispanique qui devrait intéresser Microsoft également ou comment faire d’une pierre trois coups en ayant une relation win win avec ces deux autres acteurs.

Qu’en penserait Pinault ?

Redevenons sérieux

Bien entendu ces quelques réflexions sont forts peu probables sous cette forme mais elles ont pour but de démontrer que de nouveaux acteurs infomédiaires se positionnent comme acteurs globaux. Jusqu’ici, les réglementations locales (quotas, fréquences de diffusion…) bloquaient totalement le marché et concurrencer TF1 était impensable. Avec la diffusion sur Internet, l’explosion du haut débit, tous ces mécanismes tombent. Rien n’empêche un acteur de diffuser des contenus sur Internet avec de la publicité à partir d’une société basée à l’étranger et sans se préoccuper de la chronologie des médias. Si cet acteur trouve un relai de commercialisation avec un grand portail et qu’il a accès à un large catalogue de contenus…

Pour conclure je reprendrai les propos d’André Yves Portnoff un grand prospectiviste de Futuribles.

L’avenir n’est pas écrit car il existe trois facteurs principaux : l’environnement, le hasard et l’action.

Si on se trouve dans une zone sismique (environnement) la probabilité d’avoir un tremblement de terre existe. Le hasard peut définir le quand. L’action et l’anticipation permettront de définir si on se prépare efficacement ou pas.

Réflexion à venir : que fait Bolloré avec ces actifs médias ?

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Published by Edgeminded - dans Analyse-Stratégie
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